Claire Simon

CLAIRE SIMON

 

 

 

 

 

 

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Il s’agit d’un portrait d’un âge de la vie : 16 /18 ans.

A cet âge-là si on a de la chance on est au lycée, ici on est à Ivry et on discute entre les cours, même parfois pendant les cours. Assis dans le couloir ou dehors sur un banc ou sur le parapet avec vue sur la ville. Les jeunes gens dialogues à deux ou à trois et ils découvrent leurs histoires respectives, celles dont ils héritent, la famille, et ils parlent de leurs passions et de leurs solitudes.

A cet âge-là chacun voit le moment où il faudra quitter la famille, quand elle existe… Et la fuir encore plus quand elle est toute cassée. Être seul c’est bien et c’est mal. On cherche, on en discute.

Premières solitudes est devenu un film sans crier gare.

Je faisais une intervention au lycée Romain Rolland d’Ivry à la demande de la professeure de de lettres et de cinéma et du cinéma le Luxy en vue de faire avec les élèves de l’option cinéma de première L un court métrage de fiction.

Je me voyais mal écrire sans les connaître. A notre premier rendez-vous je leur ai dit cela et je leur ai proposé de les interroger à partir d’une question ou plutôt d’une expérience que nous pouvions connaître eux et moi malgré notre différence d’âge : la solitude.

Puis pendant une journée, aidée de deux ou trois d’entre eux, à tour de rôle, je les interviewais un à un. Ils étaient passionnés par l’idée et voulaient tous écouter ce que les autres disaient. Chacun parlait librement sous réserve de l’expérience qu’on menait. J’ai monté cette journée de tournage et le résultat m’a beaucoup touchée. Il s’agissait d’un dialogue où chaque élève me répondait sur sa vie en partant de ses moments de solitude. Inévitablement ils parlaient de leur famille, désunie pour la plupart d’entre eux, et des doutes que cela provoquait chez eux. En même temps leurs envies, leur enthousiasme sur le cinéma, le lycée, les copains, les amours, explosait. Et puis souvent cette phrase : « J’ai peur de l’avenir ».

J’ai réfléchi et je leur ai proposé de partir de cette expérience, de ce qu’ils avaient dit pour faire un film. Je leur ai proposé de reprendre des choses qu’ils avaient dites et qu’ils en parlent entre eux, à deux ou trois, et je choisissais les acteurs de chaque scène et leurs lieux dans le lycée.

J’avais découvert un peu de leurs vies mais aussi que leurs vies personnelles familiales restaient dans l’ombre de leurs relations au lycée. J’ai imaginé un film fait de dialogues dans les intermèdes de la vie scolaire qui donnerait une vision du lycée abstraite, un lieu de la communauté éphémère des élèves. Un lieu où l’on vient pour discuter avec les autres, avec ses semblables. Un lieu presque public.

J’aime essayer de nouvelles approches et faire le contraire de ce que j’ai pu réaliser dans le film précédent. PREMIÈRES SOLITUDES n’est pas un documentaire de cinéma direct, c’est une façon différente de faire un film.

L’aspect le plus fictionnel de l’entreprise, ce sont ces dialogues qui ont eu lieu pour le film : ils n’avaient pas lieu avant car ils n’osaient pas se parler de leurs vies, de leurs histoires. Je les ai guidés sur les sujets à aborder, nous avons choisi comment le faire, à partir de quelle idée et/ou sentiment. Tout ce qu’ils ont raconté est leur vie Je les ai guidés sur les sujets à aborder, nous avons choisi comment le faire, à partir de quelle idée et/ou sentiment. Tout ce qu’ils ont raconté est leur vie. Ils la disent avec un style puissant et précis. Leur justesse vient de la situation : celui ou celle à qui ils parlent est la personne la plus difficile à séduire, à convaincre…Devant le copain ou la copine de classe on ne peut pas tricher….Moi je voulais que les élèves parviennent à s’écouter. Qu’est-ce que cela représente de découvrir l’histoire de votre ami. Qu’est-ce qu’écouter ? Pouvez-vous être intéressé par l’histoire de quelqu’un d’autre ?

Quelque chose a eu lieu qui n’existait pas avant. Ils ont osé se confronter et réfléchir à deux ou à trois à leurs vies. Ils parlent des parents, de la solitude, de leur vie amoureuse ou pas. Ils réfléchissent ensemble. Et ces dialogues, même s’ils sont sollicités, sont très justes. Leurs mots, leurs intonations, leurs expressions me touchent par la précision de leurs émotions et je crois qu’ils arrivent à raconter ce qu’ils affrontent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils désirent.

Il n’y a pas eu de casting, de choix des élèves « acteurs », j’ai eu du plaisir à découvrir chacune de leurs singularités, de leurs différences.

Ils sont d’origines sociales différentes, mais globalement ils sont plutôt d’origine modeste. Cela compte et ne compte pas. Ils ne parlent pas « banlieue ». Ils sont à ce moment très beau et assez angoissant où ils rêvent leur vie à venir et savent qu’il va falloir oublier ce qui les a fait souffrir jusque là.

Certains sont surpris de la qualité de ces dialogues d’adolescents alors qu‘on se fait une idée de leur génération soi disant fermée et incapable de parler et de converser.

Alors, les adolescents que j’ai filmés sont-ils plus intelligents que les autres? Peut-être est-on intelligent lorsqu’on réfléchit à sa propre expérience, avec un copain ou une copine ? Est ce la solitude qui aide à réfléchir ?

Qui a dit que les jeunes ne pensaient pas ?